J’ai commencé à courir il y a quelques années.
Au départ les motifs étaient variés, mais peu convaincants :
- pour me maintenir en bonne santé,
- pour courir derrière telle charmante jeune femme de mon équipe (que mon épouse en particulier et les femmes en général me pardonnent une telle trivialité),
- pour entendre mes collègues dire « C’est le seul chef de projet qui nous oblige à courir entre midi et deux ! »,
- pour perdre les bourrelets du temps qui passe,
- pour mettre en avant les valeurs de l’effort dans mon expérience professionnelle…
Pendant la préparation de mon premier semi-marathon (Bordeaux, 1999) je me suis même dit « je cours pour devenir un champion ». Mon cardiologue d’abord, mes résultats ensuite m’ont ramené à la raison : je suis une bonne 2 chevaux, endurant, mais pas taillé pour jouer les premiers rôles. Plutôt du genre à rester bien au chaud au milieu des pelotons.
Après mon premier marathon (La Rochelle, 2002), et malgré mon modeste temps de 4 heures 6, l’émotion m’a étreint comme rarement. « Voilà ! C’est pour ça, c’est pour l’émotion de l’après-course » ai-je pensé. Les marathons suivants ont été « savoureux », chargés en anecdotes (ah ! Blaye et cette centième place sur l’interminable tapis rouge, ah ! Saint-Michel et sa chaleur et ses malaises, ah ! Vannes et mon record… à tout de même 1 heure 55 des Kenyans !) mais beaucoup moins émouvants y compris lorsque je suis passé sous la barrière des 4 heures. Les souvenirs tournaient plus autour d’heures et d’heures de mornes entraînements, d’ongles bleuis par le frottement et de crampes au quarantième kilomètre que d’émotion de « victoire ».
Et puis est venue la magnifique course de Béhobie à San Sébastian. Avec cette fabuleuse descente après la grimpette du fameux col « casse-pattes » (Haut de Gaintxurizketa ?). Une descente d’anthologie à une vitesse jamais atteinte ailleurs. Mais ce n’est pas cette descente qui a permis de répondre à cette question « Pourquoi cours-je ? » Ni le reste de la course : malgré la ferveur populaire, une course à pied reste une course à pied. Mêmes ongles brûlés, mêmes jambes en bois après l’effort. Non. La réponse, sous forme de question, était inscrite sur le traditionnel tee-shirt offert sur la ligne d’arrivée :
« Sufres mas cuando corres o cuando no sales a correr ? »
La réponse à ma question était une autre question. Mais n’est-ce pas là LA question ?