De la frontière espagnole à San Sebastián, 20 kilomètres de rêve, en courant…
Comme à chaque départ de course, le frisson court sur la multitude des coureurs agglutinés. Mais ce ne sont pas les ventas sans charme de Behobia qui le procure mais la certitude de participer à une course mythique.
Le peloton se lance et vous avec, happé par les contreforts des Pyrénées.
Un joli col au 7ième, Gaintxurizketa, une fabuleuse descente, un vrai toboggan ou quelque soit votre niveau vous aurez l’impression de voler : il suffit de se laisser aller.
Le port industriel de Pasajes au 14ième, très laid mais vous ne le verrez pas, caché qu’il est par la foule massée sur le bord de route et qui hurle ses encouragements aux coureurs et qui brandit des panonceaux ornés de photos et qui claque dans ses mains et dans vos mains pour vous redonner du courage et qui vous porte comme nul part ailleurs. En espagnol cela se dit « sentimiento » et sur une course à pied vous ne le vivrez que là, sur ce petit bout de route du Pays Basque.
Un raidillon casse-pattes au 17ième avec le feu tricolore qui vous nargue planté tout au sommet, mais toujours les innombrables spectateurs enthousiastes et passionnés qui vous font oublier vos muscles qui tirent dans les mollets et devant les cuisses (vous n’auriez peut-être pas dû battre votre record du monde de vitesse dans la descente !).
Puis l’arrivée au centre ville de San Sebastian. N’essayez pas de sprinter, Alameda del Boulevard est noire de monde : pour profiter du spectacle extraordinaire offert tout au long du parcours, vous vous êtes calé sur un petit 6 minutes au kilomètre (sauf dans la descente où votre chrono est resté coincé autour de 4) et comme la moitié des coureurs (8 000 sur 14 000 inscrits et 2 000 sans dossard) vous arrivez en tout juste moins de 2 heures. Pas d’échappatoire par les côtés : le public y est massé encore plus nombreux. Alors laissez-vous porter par la vague jusqu’à la ligne d’arrivée.
L’important n’est pas votre temps mais l’ambiance extraordinaire qui règne tout au long de ce Behobia San Sebastián.
L’accès aux douches étant difficile, profitez de la superbe baie Atlantique qui vous tend les bras à quelques mètres : en novembre régénération des muscles garantie.
Dernière récompense, moins sportive mais tout aussi festive : la tournée des bars basques. Vino tinto, cerveza y tapas para todos.
Pour l’édition 2009 il ne reste que la liste d’attente (esperar en espagnol : espérer courir Behobia San Sebastián) ou … le marché noir.
Si j’écris ces quelques lignes ce n’est pas seulement pour raconter le déroulement d’une des plus belles courses d’Europe, mais pour la « révélation » qui m’attendait sur le tee-shirt offert à chaque participant. Le 12 novembre 2006 j’ai enfin compris que la(es) question(s) que je me posais n’étai(en)t pas la(es) bonne(s). Depuis mon premier semi-marathon en 1998 (je suis un jeune coureur), je m’étais toujours demandé : « Pourquoi cours-je ? » sans pouvoir apporter de réponses autres que les insatisfaisantes « Pour être en bonne santé », « Pour le plaisir », « Pour évacuer le stress du boulot », etc.
La question, la seule, la vraie, est inscrite, gravée, en noir sur l’orange basque :
« Noiz sufritzen duzu gehiago korrika egiten ala korrika egitera joan gabe ? »
Soit en castillan :
« Suffres más cuando corres o cuando no sales a correr ? »